Jude Mas : « Cherchons d’abord à comprendre les autres sphères militantes » (2/2)

Salut tout le monde ! On est de retour, au 6 bis de la rue des bons-enfants, toujours avec Jude Mas, toujours cofondateur du média indépendant La Mule du Pape, lamuledupape.com. Avant de le retrouver pour la suite et la fin de nos échanges, on va faire un petit point sur le podcast. Tout d’abord, dès la semaine prochaine, on va proposer un nouveau format, plus court, moins tourné vers la réflexion et davantage sur le « quoi faire ». Ensuite, on va faire une pause, cet été, une pause en tout cas concernant la diffusion d’épisodes. J’ai encore deux enregistrements prévus dans les deux prochaines semaines, et pas mal de contacts avancés, avec des personnalités d’horizons très variés, j’espère que cela vous plaira. Mais pour le prochain épisode, le numéro 7, il faudra attendre la rentrée, en septembre. Aussi, merci de nous faire des retours sur les épisodes précédents, voire même nous partager des idées de livres, de personnes à interviewer, par exemple. On a besoin de ça pour avancer et s’améliorer. Et on a aussi besoin d’un peu d’argent, ça c’est sur tipeee.com. Pour acheter du matériel, acheter des livres, se déplacer sur les lieux de luttes, etc. C’est promis, on n’en profitera pas pour financer la prochaine campagne aux élections cantonales de Manuel Valls sous la bannière du FN. Bref, après s’être intéressé au rôle des médias dans les luttes militantes, on va se pencher justement sur quelques-unes de ces luttes, celles qui se déroulent à Montpellier et ses environs. C’est reparti !

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Happening contre le projet de loi « Sécurité globale » place de la Comédie à Montpellier, le 27 fév. 2021 (crédits : La Mule du Pape).

Je te propose qu’on s’intéresse aux mobilisations à Montpellier et environs : le collectif Oxygene contre un projet d’implantation d’un centre commercial à Saint‑Clément‑de‑Rivière, dans le nord de Montpellier, la ZAD du LIEN contre la construction d’un périphérique au nord de Montpellier, la mobilisation tenace contre le projet de loi Sécurité globale. J’en oublie sûrement. Est-ce que tu pourrais nous parler en quelques mots de ces mobilisations ?

Alors, entre les deux premières que tu as citées – la mobilisation du collectif Oxygène contre l’implantation d’un Decathlon à Saint-Clément-de-Rivière et la ZAD du LIEN – en fait, il y a un lien nécessaire entre les deux, parce que ce sont deux projets d’infrastructure qui s’inscrivent dans la même zone, en fait, qui est ce qu’on pourrait considérer comme un des derniers poumons de biodiversité aux alentours de Montpellier, qui est la zone entre Saint-Gély-du-Fesc et Grabels. C’est une zone les plus riches d’Europe, en fait, en termes de biodiversité, notamment au niveau des insectes mais pas seulement, au niveau des mammifères, au niveau des oiseaux. Il y a tout un tas d’espèces endémiques qui vivent sur cette zone. En fait, c’est une zone qui est, par sa proximité avec Montpellier et avec des infrastructures routières notamment, très convoitée, par des forces économiques qui marchent un peu main dans la main avec les forces politiques locales. Ces deux projets-là s’articulent parce que le projet Oxylane… pour l’expliquer un peu, c’est le projet d’un immense complexe qui serait axé autour du bien-être, du sport, de la nature, mais qui consiste en la bétonisation d’hectares et d’hectares de terres agricoles, autour d’un bois qui est classé zone naturelle et protégée. L’idée, c’est de placer des centres commerciaux immenses autour de ce bois-là, de faire un parcours de santé, pour dire que c’est bien-être, healthy, on prend soin de soi, juste après être allé acheter ses nouvelles baskets chez Décathlon. Puis après, on peut manger dans un truc bio, ou faire ses courses dans une grande surface bio. Voilà, c’est un truc un peu clé en main pour le consommateur qui veut avoir une consommations dite verte, un peu écolo. C’est un projet qui est situé sur le tracé de ce qui s’appelle le LIEN, du futur LIEN, qui n’est pas encore construit.

Rassemblement contre le projet Oxylane le 23 juin 2020 (crédits : collectif Oxygène).

Ça, c’est une route départementale, promu par le département de l’Hérault, qui consiste, sur cette portion-là en particulier, en une 2×2 voies assez énorme, qui va éclater plusieurs collines. C’est présenté en fait comme une route durable par le Département, comme si elle allait avoir aucun impact sur la nature, notamment parce que les nuisances sonores… c’est assez marrant mais sont limitées par le fait que la route passe en plein milieu de la colline éclatée. Elle est entourée de pierres. Derrière, il y a un échangeur sur trois niveaux qui va venir s’installer sur une zone de terres agricoles qui est extrêmement riche, qui relève de l’héritage de l’agriculture pastorale, avec des parcelles assez petites, beaucoup de haies, donc beaucoup de refuges pour les oiseaux, pour les insectes. Ça va être un peu le bruit et la fureur qui vont être implantés sur cette zone-là. Cette route, c’est le prolongement d’une route qui a déjà été réalisée. Le LIEN, c’est la liaison intercommunale d’évitement nord, évitement de Montpellier. C’est censé détourner le trafic qui provient de l’autoroute A75 au nord et qui se rend vers l’autoroute A9 à l’est ou à l’ouest. C’est censé le détourner de Montpellier. En quelque sorte, c’est créer un périphérique à grande échelle autour de la ville de Montpellier. Ce qui est à craindre, c’est que toutes les poches de nature, les rares poches de nature qui se situent à l’intérieur de cette enceinte-là soient assez naturellement urbanisées. C’est déjà le cas sur le papier, par le développement, déjà, de tout un tas de villages qui font partie de l’agglomération de Montpellier, sur la portion qui est déjà réalisée du LIEN. C’est des villages qui étaient très campagne avant, et aujourd’hui où on voit se développer énormément de lotissements, un peu clé en main, à grosse échelle, etc. Sur la portion qui n’est pas encore réalisée, il y a déjà des projets politiques de conversion de certaines zones qui n’étaient pas urbanisables, en zone d’aménagement concerté, où on prévoit des zones commerciales, des zones pseudo-industrielles, et le développement aussi de logements, de bureaux, etc. Clairement, ces deux projets-là s’inscrivent dans le symbole de l’urbanisation de Montpellier, de son développement en tant que métropole, en tant que grand pôle urbain, de son étalement, du fait que Montpellier est en train d’avaler les villages qui se trouvent autour. Qui bénéficiaient encore d’un cadre de vie vraiment très naturel il y a une vingtaine d’années, très calme. Voilà, on est en plein dans le modèle de l’urbanisation massive, de la centralisation, et ça a un impact sur les territoires qui sont de plus en plus lointains. Parce que c’est des axes… à chaque fois qu’on rajoute un nouvel axe d’infrastructure, on déporte, en fait… on augmente la fréquentation routière, par exemple, pour les infrastructures routières, de la population des zones qui vont être concernées par ces axes-là. C’est deux mobilisations qui, au final, pourraient fonctionner ensemble, il y a des liens qui ont été faits entre ces deux mobilisations-là…

Mais c’est pas les mêmes organisations, c’est pas les mêmes personnes ? Est-ce que tu pourrais parler des personnes qui s’impliquent dans ces luttes-là ?

C’est pas historiquement porté par les mêmes personnes. Ce sont des luttes anciennes et complexes, tant pour le la lutte contre le complexe Oxylane que contre la route du LIEN. Le projet d’Oxylane, en fait, il y a une opposition depuis sa naissance, ça fait plus d’une dizaine d’années, si je dis pas de bêtises. C’est une mobilisation qui a été portée par des riverains, dans un premier temps, des personnes du coin, de Saint-Gély-du-Fesc, de ces zones-là, et qui étaient complètement contre ce projet de bétonisation. C’est vraiment à deux minutes de route de Montpellier, dans un espace très beau et accessible à tous, où il y a des super promenades à faire. Ils se sont engagés, ont fait tout un tas de… comment dire, ils ont investi la voix légaliste. Ils ont fait tout un tas de recours, qui sont passés par la mobilisation de la population dans l’enquête publique, un peu la trajectoire classique, on va dire, permise par le système politique français de contestation de n’importe quel projet, voilà, qui s’implante dans le domaine public. Cette lutte-là a été portée par des habitants, des riverains, qui ont aussi été rejoints par des militants écolos, sans forcément que beaucoup de groupements, d’organisations, s’impliquent de manière très active là-dedans. Et depuis quelques années, où la voie des recours a fini s’épuiser, et le projet par être validé au terme de son parcours politique de validation, on s’est rendu compte que cela courait à l’échec pour la lutte. Il y a eu un soutien qui a été mobilisé, d’organisations impliquées dans un militantisme écologiste plus général : des collectifs comme ANV-COP21, Greenpeace, la Confédération paysanne, j’en oublie beaucoup, mais pour citer ceux qui me viennent à l’esprit comme ça. Et qui se sont mis au soutien de cette lutte assez récemment, et qui ont organisé des mobilisations contre ce centre commercial.

Contre-assemblée des opposant·es au LIEN, le 15 mai 2021 (crédits : La Mule).

Pour ce qui est de la ZAD du LIEN, on a un peu le même schéma c’est-à-dire qu’on a une mobilisation citoyenne dans un premier temps des riverains concernés principalement par le trajet de la future route, ceux que ça va toucher directement. Ça, c’est une mobilisation qui est vraiment ancienne, ça fait plus de vingt ans que ce troisième tronçon est engagé dans les démarches administratives. Il y a vraiment eu cette lutte-là, sur le versant légaliste, qui a fait perdre beaucoup de temps au projet. Ca a eu cet impact-là, mais qui était dans une logique « Not in my backyard », « pas au fond de mon jardin, mais plus loin c’est pas grave ». Ils ont beaucoup lutté, pas contre le projet en tant que tel du LIEN, pas contre le principe de ce développement urbain, de cette croissance infinie de la ville, mais contre le fait que ça passe auprès de chez eux. Ils ont aussi milité pour que d’autres tracés soient adoptés, qui passent plus au nord ou à d’autres endroits. Donc, forcément, c’est une lutte qui est restée assez minoritaire, vu qu’ils n’ont pas cherché à s’ouvrir vraiment plus à d’autres couches citoyennes, y compris qui ne logent pas autour. Là, il y a plus eu un passage de relais, en fait, entre cette logique militante et une logique militante beaucoup plus radicale, et qui a été aussi co-portée par un peu le type d’organisations que j’ai citées, mais aussi des organisations politiques. Il y a des militants qui ne sont pas des militants nécessairement écologistes, qui sont des militants politiques, qui se sont beaucoup impliqués dans cette lutte contre le LIEN. Ça a été porté principalement par les groupes locaux d’Extinction Rébellion, de Greenpeace, d’ANV-COP21 sur Montpellier, qui ont porté le projet d’en faire une ZAD. De définir un territoire, qui est celui du tracé de la route, de cette dernière portion de la route, et de dire « On occupe, on mobilise et on mobilise le spectre le plus large possible de la population contre ce projet et surtout contre ce qu’il symbolise, contre ce qu’il représente, contre la logique globale qui le justifie ». Là, il y a eu une occupation dans un premier temps d’une maison qui était à l’abandon et qui se situait sur le tracé, et qui était vouée à la destruction. Elle avait été préemptée par le Département, la parcelle et la maison appartenaient au Département. Cette occupation s’est lancée au mois d’octobre 2020. Moi, j’ai suivi de très près les premières semaines de cette occupation-là, la pré-occupation, on va dire, l’investissement de la maison en tant que squat, un peu de réhabilitation, de rénovation, de préparation. Puis on a œuvré aux côtés des groupes militants pour en faire la manifestation médiatique : présenter à la population mais aussi et surtout au Département le fait qu’une véritable ZAD se montait là-dessus. L’idée c’était de déclarer cette zone « zone à défendre », prévenir dans ce rapport de force-là avec le Département qu’il doit s’attendre à ce qu’il y ait une forme de radicalité un peu plus élevé, et un large spectre de personnes prête à s’investir contre le projet du LIEN. Ce qui évidemment n’a pas du tout plu au Département, qui s’est empressé de procéder à une expulsion en dehors des clous de la légalité, parce que la maison avait été squattée en suivant tout le cadre légal qui permet d’occuper un lieu en en faisant son domicile même si c’est pas le sien. Plus d’une semaine d’occupation, des preuves de cette occupation-là, etc. Donc le Département a procédé à l’expulsion, expulsion relativement violente au bout de cinq jours après la déclaration de la ZAD. Donc c’est une cinquantaine de gendarmes du PSIG, armés de FAMAS, de pistolets mitrailleurs qui ont débarqué à 6h du matin, qui ont sorti tout le monde manu militari, les affaires, tout le monde au monde au sol, menottés, etc. et qui ont interpelé, il me semble, trois militant·es qui étaient sur place, qui ont fait 24 heures, il me semble, de garde à vue. Entre 24 et 48 heures de garde à vue, je me souviens plus. Le département a fait dans la foulée, la matinée-même, rasé la maison, par une entreprise partenaire du Département. Suite à ça, il n’y a pas eu vraiment d’évolution, en tout cas pour l’instant, du chantier. Il faut savoir que la zone a été déjà déboisée, en fait, sur une grosse partie de ce tracé-là. C’est absolument apocalyptique comme paysage. On voit la colline coupée en deux, et on peut s’imaginer ce que ça va donner quand il y aura l’excavation et la mise en place de la route. Il y a des vignes, des coteaux AOC qui ont été défrichés. Tout ça est déjà bien dévasté, mais en tout cas, depuis qu’il y a eu cette occupation-là, le Département n’a pas bougé. C’était il y a sept mois, là, il y a les élections départementales qui arrivent, évidemment. Cette radicalité-là de l’occupation, je pense qu’elle a fait très peur au Département. En contexte d’élections qui arrivait, c’était un très bon coup à jouer en fait, d’aller occuper, de déclarer une ZAD, parce que les travaux devaient commencer. Le déboisement avait eu lieu pendant le premier continent, au moment où personne ne pouvait agir, en plus. Ils étaient vraiment maîtres du timing. On voit que ça les a vraiment bloqués. Ils ont, je pense, peur des retombées politiques électorales que ce projet-là pourrait avoir. Le fait de déclarer une ZAD, c’était pas anodin. Moi, dans les discussions que j’ai pu en avoir avec eux, un peu en apportant ma pierre médiatique à l’édifice, si tu veux, dans ce que j’en connaissais, c’était primordial que les militants déclarent cet espace comme une ZAD, parce qu’aujourd’hui, c’est un terme qui est rentré dans le langage commun, qui représente vraiment cette radicalité-là, qui passe ce message-là. Il y a eu la ZAD de Notre-Dame-des-Landes qui a été victorieuse, qui crée un précédent. Il y en a eu d’autres, depuis Notre-Dame-des-Landes. C’est beaucoup plus à même d’effrayer le pouvoir que de dire simplement « on squatte une maison, et on en fait une maison des résistances » ou un truc comme ça. Après cette expulsion, qui a fait beaucoup de bruit du coup – c’était un peu aussi ça, de chercher la petite bête pour pousser le Département à la faute, qui est tombé dans le panneau directement du coup, parce qu’il a fait procédé à l’expulsion, en plus, en dehors… sur une légalité un peu litigieuse. Ça a fait beaucoup de bruit dans la presse régionale. Il y avait vraiment, pour le coup, toute la presse qui était sur le coup et avec une maîtrise, par les militants cette fois, d’un discours qui avait bien été préparé, qui était exhaustif et qui amenait auprès de la population tous ces éléments de réflexion sur le modèle de ville qu’on veut, sur l’urgence climatique de manière générale aussi, sur quel monde on veut bâtir pour les générations futures. Donc qui a amené beaucoup de gens à s’interroger, à se positionner par rapport à ce projet-là. Qui est aussi soutenu par une part de la population qui veut cette route parce que ça lui permettra de gagner du temps, d’éviter Montpellier, ceux qui habitent dans les villages autour qui travaillent à Montpellier. C’est des infrastructures qui leur profitent… sur le papier. Mais qui positionne aussi beaucoup des gens notamment ceux qui vivent à Montpellier et qui voit leur ville se bétonner au fil du temps sur « est-ce qu’on continue de bétonner ou on s’arrête là ? » Donc le Département a lancé une campagne de communication, de greenwashing qui a dû lui coûter très cher, puisque c’est des brochures immenses, A4, 4 pages quadrichromie, qu’absolument tout le monde dans le département a reçu dans sa boîte aux lettres. Je ne sais pas ce que ça représente en termes de diffusion, mais c’était assez énorme. Avec tout un tas d’éléments pour tenter de décrédibiliser les acteurs de la ZAD, les militants qui avaient mis ça en place. C’est très drôle, parce qu’ils accusent les militant·es de fake news, en sélectionnant à dessein des arguments et en les isolant du contexte dans lequel ils sont développés, pour dire « Ça, c’est pas vrai, ça c’est pas vrai ! » Et en même temps en fait ils ont mobilisé tout un tas de fake news eux-mêmes, pour répondre à ces arguments-là, au mieux de mauvaise foi, au pire de détournement de la vérité, ou carrément de mensonges. Voilà, malgré cette campagne-là qui est arrivée assez rapidement après l’expulsion de la ZAD, on voit qu’ils n’ont pas bougé. Donc ça a eu une issue positive pour l’instant. Évidemment, si la majorité socialiste est réélue, on peut être sûr qu’ils vont repartir de plus belle sur le projet. C’est sûrement là qu’il faudra que les sphères militantes qui sont engagées dans la résistance élargissent encore plus leur combat et rentrent cette fois dans une occupation qui sera beaucoup plus complexe et stratégique de certaines zones du chantier, selon certaines modalités. Et mettre en place des mobilisations qui font masse, aussi.

Là, c’est la dernière étape, le dernier recours ?

Là, tous les recours sont passés. Il y a un recours gracieux sur le nombre d’espèces qui ont été déclarées dans l’étude d’impact, qui en a oublié huit ou neuf, mais c’est pas de nature à changer l’intérêt public du projet tel qu’il a été reconnu.

Manifestation contre le projet de loi « Sécurité globale » le 13 mars 2021 (crédits : La Mule).

En dehors de ces deux mobilisations-là, il y en a une qui a été aussi très forte localement, c’est contre le projet de loi Sécurité globale.

Oui, cette année, on va dire qu’après le premier confinement, il n’y avait pas grand-chose à se mettre sous la dent, à Montpellier, en termes de manifestations. Cela a été compliqué pour le milieu militant, cette période de crise sanitaire. C’est le premier mouvement qui a vraiment repris de manière un peu massive à partir du mois de novembre 2020. C’est un mouvement politique, qui s’inscrit contre ce projet de loi sécurité globale. C’est ni plus ni moins un des projets les plus radicaux de renforcement de la répression en France, que ce soit en termes de légitimation de la surveillance, du traitement et de la collecte des données, de la répression du militantisme aussi, de certaines strates de la population, qui malgré le contexte de crise sanitaire, a quand même donné lieu à des mobilisations à l’échelle nationale qui sont très impressionnantes. Pour faire un comparatif le 1er mai, a rassemblé 170 000 personnes en France. Il me semble que c’est comparable avec la mobilisation contre la loi de sécurité globale. Et ce sur un mouvement qui ne fait que s’opposer à un projet de loi, et pas à proposer… qui n’a pas toute cette histoire symbolique, et qui n’est pas non plus à proposer un projet de société, on va dire. À Montpellier, c’est un mouvement qui a été porté, à la base, par une dizaine d’organisations, qui était très pluriforme. Ça allait vraiment de la LDH [La Ligue des droits de l’Homme] au Syndicat national des journalistes par rapport à l’article 24 qui va faire peser une menace sur les journalistes et les preneurs d’images en manifestation [L’ex-article 24 de la loi sécurité globale visait à punir la diffusion d’images avec une intention malveillante des forces de l’ordre dans l’exercice de leur fonction. Cet article a ensuite été censuré par le Conseil constitutionnel, en mai, quelques jours après notre enregistrement] jusqu’ au Club de la Presse Occitanie, des associations de soutien aux personnes handicapées. En fait, c’était un petit échantillon mais très représentatif de ce qui peut exister en termes de militantisme, pas forcément politique, pas l’habitude d’être inclus… en tout cas pas dans une opposition politique. Et qui en fait s’est ouvert énormément, et qui a milité énormément pour s’ouvrir à des pans toujours plus larges de la population et donc accepter aussi en son sein des citoyens qui ne sont pas nécessairement engagés dans des mouvements, et aussi des organisations, des collectifs, qui ne sont pas forcément engagé sur des luttes politiques. Par exemple, le collectif de la ZAD du LIEN fait partie du collectif sur la loi de sécurité globale. Ils ont joué sur le fait qu’il y avait une possible prise de conscience pour l’ensemble des sphères militantes que la logique gouvernementale était dangereuse pour eux. Donc il y a eu une grosse implication. Il y a eu plus d’une soixantaine de collectifs qui se sont mobilisés dans ce collectif contre la loi de sécurité globale, qui est vraiment un des premiers à s’être monté en France en plus. Avant même que le projet de loi soit médiatisé, il y avait déjà des gens qui préparaient la résistance, on va dire. Avec une autre particularité à Montpellier, qui a eu lieu dans certaines autres villes aussi, mais où ça a vraiment perduré à Montpellier, c’est l’inclusion du mouvement de la free party dans le collectif et qui s’est énormément impliqué en fait, suite, notamment, à la répression de la teuf de Lieuron du jour de l’an, en Bretagne, donc de la criminalisation de leurs organisateurs, etc. Ça a beaucoup bousculé le mouvement de la free, qui ont commencé à faire leurs propres mobilisations. Il y a eu plein de teufs partout en France qui se sont organisées. Ils se sont inclus à Montpellier dans ce mouvement contre la loi de sécurité globale. Ça a donné quelque chose de très drôle et très agréable à la fois, c’est que les manifs sont devenues des véritables teufs à ciel ouvert, avec de gros camions sonos qui proposent des ambiances différentes, comme sur des grosses teufs, quoi. Avec toute une partie, ça dépend des semaines, des manifs, la dynamique est un peu irrégulière, mais qui peut représenter parfois jusqu’à la moitié du cortège, quoi. Qui vont être des teufeurs qui dansent, qui s’éclatent et qui portent leurs revendications, leurs messages politiques aussi. Dans un premier temps, ça a donné lieu à de la répression, assez féroce à Montpellier. La première grosse manif comme ça où il y avait des camions sonos, la préfecture a envoyé un certain nombre de CRS, forces de l’ordre sur l’esplanade, juste à côté [l’esplanade Charles-de-Gaulle] qui ont fini par gazer la foule, disperser de manière violente, des matraquages, des tirs de LBD, donc des blessés, et à faire saisir les camions sono. Là, l’ensemble du collectif « danger loi sécurité globale » a été solidaire et a tout de suite fait des recours auprès de la préfecture, auprès du Procureur qui avait validé la saisie. Ils ont réussi à faire restituer le matériel et à faire reconnaître par le préfet que le fait de passer de la musique y compris si c’est de la musique de teuf et que les gens dansent derrière les camions plutôt que manifester un peu de manière traditionnelle, avec les pancartes et tout, rentrait dans le cadre de la manif et ne pouvait pas être considéré comme une teuf malgré tout parce que là c’était réprimé sur les décrets qui interdisent de passer de la musique dans la rue, de se rassembler, etc. comme si c’était considéré comme une teuf avant d’être considéré comme une manif. Là, il y a eu un petit jeu légaliste entre les orgas du collectif et le pouvoir, où le pouvoir a été pris au piège de la loi. Voilà, c’était très intéressant. Là, depuis que la loi a été votée, la mobilisation a continué, ils continuent  d’organiser des manifestations, des mobilisations, mais on sent quand même… et ça va de pair avec la dynamique du milieu militant général, que ça s’essouffle un peu quoi.

Ce que tu viens de dire me permet de faire la transition sur cette question : une camarade avec qui j’échangeais pour préparer un enregistrement avec elle, me disait en substance : « Le problème avec la convergence des luttes, c’est que cela revient à demander aux autres d’adopter ma façon d’agir. » Qu’en penses-tu ?

Je suis assez d’accord avec ça. La convergence, c’est un peu un serpent de mer de la lutte. La question qui revient en permanence à la moindre assemblée générale de n’importe quel mouvement qui se crée ou qui a à se mettre en lien avec d’autres mouvements pour amplifier sa lutte. Effectivement… ça se base sur ce principe de faire masse derrière une même bannière, un même mot d’ordre ou un ensemble de mots d’ordre, et un même ensemble de modalités d’action. Et donc ça crée un cadre qui porte un message en plus de… j’y vois une contradiction, qui porte un message un peu universaliste, très souvent. La question de la convergence, par exemple, au niveau du mouvement des Gilets jaunes, ça s’est posé énormément par rapport aux syndicats, parce qu’il y avait beaucoup de syndicalistes qui ont pris part au mouvement des Gilets jaunes et qui ont appelé à la convergence. Ça a créé une ligne de fracture énorme entre les primo-manifestants qui au final, face à la répression qu’ils ont subie, se sont inclus dans une logique radicale et qui a exclu très vite la voix légaliste de leurs modalités de lutte pour s’inclure dans un rapport de force plus brutal avec le pouvoir, et le versant légaliste qui voulait déclarer les occupations de rond-points ou les manifestations, agir par telle ou telle voie par rapport à l’État. Un mouvement qui naît, il a besoin de se définir, on va dire. Mais comme c’était un mouvement où il y avait une diversité immense, cette question de la convergence des luttes a créé des lignes de fracture, tout le monde s’est défini en fonction de ce qu’il considérait comme son spectre de modalités d’action. À côté de ça, les syndicats n’ont pas du tout voulu se positionner en soutien franc et inconditionnel des Gilets jaunes justement à cause de cette question des modalités de luttes. Parce que eux représentent vraiment, du coup, la voie légaliste par opposition à la voie plus radicale. Du coup, convergence, oui, c’est souvent appeler à dire « rejoignez-moi, rejoignez-moi, je lutte pour tous », mais rien n’assure, vu le mot d’ordre qui est porté et la façon dont il est porté, que une fois que les revendications portées par par les noyaux de base qui ont appelé à la convergence vont être satisfaites que cet universalisme-là continue en fait, et que le mouvement ne s’arrête pas par lui-même. Du coup, je suis plus dans la notion de complémentarité que de convergence. Je pense qu’il faut chercher à comprendre les autres luttes, les autres sphères militantes, avant de chercher à vouloir les placer derrière notre bannière. Je reprendrai l’exemple que je t’avais cité tout à l’heure : l’occupation du centre chorégraphique national par le milieu culturel et artistique. Ils ont tout de suite appelé à la convergence avec les luttes étudiantes, avec le mouvement des Gilets jaunes, par exemple, avec des syndicats, etc. L’intérêt c’est évidemment de faire grossir leur mouvement. Derrière, quand on appelle à la convergence et qu’on reçoit le soutien d’autres mouvements, il faut qu’on puisse aussi à l’inverse… renvoyer l’ascenseur, en quelque chose. Et ça, c’est compliqué, quand on assure une lutte, une occupation, d’aller être présent sur les autres luttes, de les enrichir, d’y contribuer. Il y avait cette parole un peu universelle de dire « on lutte pour tous les salariés, pour les précaires, pour tous les intermittents, et pas que du spectacle, aussi les saisonniers, les trucs comme ça » mais du coup avec des modalités de lutte, d’occupation, qui ne correspondent qu’à eux-mêmes, qu’à leur secteur : en occupant un théâtre qui leur est ouvert par leur direction, où il n’y a pas de répression, il y a une gestion sanitaire du lieu qui est ultra stricte pour justement éviter toute forme de répression. Ces modalités de lutte ne peuvent pas co-agir avec des modalités de lutte, par exemple, qui relèvent plus des sphères autonomes pour qui l’occupation n’a rien à voir avec ça et ne porte même pas le même symbole, en fait. Donc je crois qu’il y a des choses qui ne sont pas conciliables et qu’il faut qu’on apprenne à l’accepter dans les sphères militantes, qu’on apprenne à faire des différences une force, qu’on apprenne à faire l’effort de comprendre et de respecter les modalités de lutte qui sont portées par les uns et les autres. Je crois que déjà, quand on n’est plus à discuter de la légitimité de modalité de lutte plutôt qu’une autre et donc à dire « oui mais non, toi, tu fais ça c’est pas bien parce que, oui mais non, toi tu fais ça c’est pas bien parce que », en fait, on gagne un temps précieux, je crois, pour s’organiser et organiser une forme de complémentarité, et essayer de comprendre et mettre en place les moyens de ne pas se tirer dans les pattes quand on agit ensemble, les uns aux côtés des autres. Ouais, c’est question de la convergence, j’y crois pas, et en plus ça apparaît comme très problématique en fait pour les mouvements.

Je te propose qu’on passe à la conclusion, où j’aimerais qu’on s’adresse un peu plus spécifiquement aux personnes qui nous écoutent. Quelles seraient, selon toi, la ou les meilleures portes d’entrée pour les personnes qui nous écoutent et qui aimeraient agir davantage ?

Je vais prêcher pour ma paroisse : déjà, les médias indépendants. Il y en a partout, maintenant, à plus forte raison depuis le mouvement des Gilets jaunes, mais surtout depuis qu’il y a internet. On peut produire de l’information sans que ça coûte rien ou quasiment rien. Et de la partager au plus grand nombre. Il y a une multiplication de médias indépendants d’auto-médias, qui ont poussé comme des champignons, vraiment partout en France, à toutes les échelles, que ce soit sur une échelle locale ou une échelle nationale. Donc passer par des médias, pour partir des plus gros comme Bastamag, Reporterre, par exemple, en arrivant jusqu’à l’échelle locale qui nous concerne donc à Montpellier, il y a La mule du pape mais on n’est pas les seuls : il y a une constellation, c’est une ville très riche en termes de médias indépendants, et on s’est regroupé sous une bannière commune, qui s’appelle « Médias indépendants de Montpellier », le MIM. Qui fédère… actuellement, on est à quatre médias, on a été un peu plus à un moment. Ces médias-là sont donc « La mule du pape », « Le poing » avec un G, « Rapports de force » qui est un média basé sur Montpellier mais qui couvre une actualité qui va vraiment à l’échelle nationale, et Radio Gine, c’est radio Gilets jaunes, qui s’est donc fondée au même moment que nous, à partir du mouvement des Gilets jaunes, qui a fait un gros boulot aussi de mise en lien entre les différentes sphères militantes avec les Gilets jaunes, sur un format radio. Voilà, déjà pour s’informer sur ce qui se passe… parce que là, la question c’est comment agir et comment s’inclure. Il faut déjà regarder sur ce qui se fait autour de chez soi, de ce qui est facilement accessible. Nous, tous ces médias indépendants-là, on constitue une vitrine pour ces luttes-là. On les connaît, on les suit, donc on est à même de les présenter d’une façon accessible. C’est aussi notre but derrière, leur permettre de toucher avec une matière qui est riche des populations qui ne sont pas encore engagées. Après, à l’échelle nationale, c’est évidemment bien pour comprendre des enjeux politiques qui sont plus vastes et qui dépassent l’échelle locale. Comprendre les grandes impulsions, en fait, qui arrivent jusqu’à nous mais qui partent des sommets de la pyramide. Il ne faut pas hésiter à se mettre en lien. Il ne faut pas hésiter à y aller à son rythme, aussi. À ne pas vouloir penser qu’on va tout comprendre, tout savoir, dès le début de son engagement. Souvent, quand on découvre quelque chose et qu’on rentre un peu dans une vision éclairée, on a le sentiment de tout comprendre, comprendre tous les tenants et les aboutissants des… dans ce cas-là, des luttes. Mais avoir une bonne compréhension de tout ça, ça nécessite aussi de l’expérience, en fait de terrain, les témoignages de personnes qui ont plus d’expérience que nous, qui peuvent nous apporter ça, qui peuvent nous mettre en réseau avec d’autres personnes et d’autres luttes. Je pense que c’est important de ne pas vouloir brûler les étapes, et de ne pas vouloir nécessairement être trop radical en fait. L’engagement est global, il y a besoin de tout le monde à toutes les échelles. La personne qui va tracter aux abords des manifestations revêt autant d’importance que la personne qui va concevoir le tract en fait. Ou, la personne qui… pour être dans des modalités plus radicales, mettons dans un black bloc, la personne qui va vraiment s’opposer physiquement à la violence policière qui arrive sur la manifestation et être dans une attitude offensive et frontale, elle est aussi importante que la personne qui fait partie du bloc et qui n’exerce pas de violence, mais qui contribue à la solidarité et à la cohésion de l’ensemble, en fait. Quelles que soient les modalités de lutte qu’on choisit, je pense que c’est important de comprendre qu’il n’y a pas à trop en faire, que chacun et chacune qui prend part à une lutte, à partir du moment où son engagement est sincère, désintéressé, qu’il est vraiment là dans la perspective de changer le monde et de l’améliorer trouvera sa place. Voilà !

Quel livre, quel film, quel documentaire, quel podcast, quel geste, recommanderais-tu aux personnes qui nous écoutent, une fois que cet épisode sera terminé ?

À nouveau, pour faire un peu de la pub, avec La Mule, on va sortir très bientôt une revue qui s’appelle Replica, qu’on va financer en crowdfunding, qui va être un reflet physique de ce qu’on faisait jusque-là sur du numérique et qui est un projet qui vise à nous sortir un peu de la temporalité de l’actualité et de donner vraiment beaucoup plus d’espace au fond et aussi à la dimension esthétique qui est vraiment hyper importante dans le boulot qu’on fait. Voilà, cette revue sera disponible vers le milieu du mois de juin. Vous pourrez vous la procurer en passant par notre site Internet.

Après j’ai un livre à conseiller, qui est récent, que je trouve très efficace pour faire comprendre les liens qui existent entre maintien de l’ordre, évolution technologique et évolution politique de la société et notamment la phase de radicalisation néolibérale qu’on connait depuis une quarantaine d’années, depuis les années Thatcher, etc. C’est un livre qui s’appelle « Gazer, mutiler, soumettre ». Le profil de la personne qui a écrit, qui s’appelle Paul Rocher, détonne un peu dans ce qu’on a l’habitude de lire dans les sphères militantes sur le maintien de l’ordre, parce qu’il est économiste. Il prend le sujet d’un point de vue d’économiste. Il explique quelle corrélation il existe entre l’usage d’un maintien de l’ordre violent et la volonté des élites politico-économiques d’augmenter les taux de profit qui ont cours dans la logique capitaliste. Il développe une théorie de l’arme, qui explique que la brutalisation des violences policières, non seulement elles se multiplient mais en plus elles se brutalisent, elles deviennent plus intenses et plus dévastatrices, par le fait qu’il y a une évolution technologique qui met toujours plus à disposition des forces de l’ordre des armes. En fait, c’est cette multiplication de l’arme, de la possibilité de son usage, notamment à travers la non-létalité qui provoquent la multiplication et l’intensification des violences policières. En plus du phénomène politique derrière qui est celui de comprimer la population.

Donc plus tu as d’armes à disposition,plus tu te dis « ah ben tiens, ça pourrait être sympa de se servir de ça… »

Exactement. Moins elles tuent, moins tu portes de responsabilité en tant que policier mais aussi en tant que politique dans l’usage de cette violence-là. Il explique qu’il y a un lien de corrélation très fort entre la politique, la technologie et l’économie et les violences policières qui évoluent en parallèle. C’est une lecture que je trouve vraiment très éclairante et pour le coup pour m’être penché sur la question des violences policières depuis un moment déjà, mais avant même qu’on ait ce média-là, mais à plus forte raison depuis qu’il y a ce média, et qui l’ait vécu sur le terrain aussi, qui en ai une certaine expérience. C’est un livre qui est venu synthétiser de manière très claire ce qui avait du mal à être synthétique en moi. Il y avait beaucoup de pensées, de réflexions, de constats sur plein de trucs et c’est un livre qui est venu broder en moi entre tout ça et que voilà je conseillerais vraiment pour essayer de comprendre ces logiques-là.

Après, un documentaire que j’ai vu il n’y a pas très longtemps qui est plutôt sympa, si on s’intéresse au rapport économique et la population, bon en général, quand il y a économie, il y a aussi politique derrière, et politicien, etc. et qui s’intitule « La fabrique de l’ignorance », qui est passé sur Arte, qui a été produit il me semble par Arte. Et qui revient sur la façon dont les grands acteurs économiques ont investi le domaine de la science et, de manière plus large, de la production de l’information – mais là c’est vraiment pris par la lorgnette scientifique – pour non pas imposer leur vision complètement commerciale, on va dire, des produits qu’ils proposent, des modèles sociétaux qu’ils proposent, mais de créer un flou en surinvestissant le domaine de la science avec des éléments contradictoires. Par exemple, les lobbys de cigarettiers, depuis les années 50, et parallèlement aux progrès de la science sur la sur l’étude de des impacts de la cigarette sur les autres humains a produit en fait tout un tas d’étude qui viennent semer le trouble, et donc par exemple, là où la science a dit « Fumer donne le cancer du poumon », alors ils n’ont pas financé d’étude qui disaient « Fumer ne donne pas le cancer du poumon » parce que ça serait du mensonge, clairement. Mais, par contre, ils ont financé tout un tas d’études qui disaient « le cancer du poumon peut s’attraper par un excès de bâton de réglisse, ou par ou telle ou telle raison ». C’est multiplier toute une matière, avec des études pas forcément pertinentes, ni très importantes, mais qui leur permet de créer une ignorance par un afflux qui vient contredire les grands énoncés de la science qui ne font plus doute, en fait. C’est une façon de créer le doute dans la population. C’est un documentaire très intéressant, qui reprend à partir d’un certain nombre d’exemples comme ça cette logique, qui a mobilisé des flux financiers très importants, et une grande partie de scientifiques aussi. C’est ça qui est un peu plus alarmant et désolant. Beaucoup de scientifiques se sont pliés à escient dans cette logique-là, et ont répondu en échange de contribution financière, voilà. En période de crise sanitaire et de covido-scepticisme, de polémiques autour de tout ça, ça ne peut être qu’intéressant. Et aussi avec la montée du complotisme qui répond beaucoup de cette logique-là. Et après, je terminerai par un geste : balancer sa télé si on en a. Essayer d’être moins sur son smartphone quand on est un peu trop sur son smartphone, essayer de ne pas toujours chercher à combler le vide, d’apprendre à s’ennuyer parfois, à prendre plus de temps, à casser la temporalité actuelle, qui veut qu’on aille vite, qu’on soit efficace, qu’on soit toujours à faire quelque chose, happé dans autre chose. Ouais, d’essayer un peu activement de cultiver le contact humain, les liaisons, la compréhension des autres, la tolérance. Ça fait un peu hippie, mais je terminerai là-dessus (rires) !

Merci encore d’avoir accepté l’invitation.

Avec plaisir.

Je rappelle aux personnes qui nous écoutent qu’on peut retrouver ton travail sur La mule du pape, le média qui s’entête, lamuledupape.com. Merci à toi !

Merci !


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